La doulou, voilà l’opportunité du jour sur FNAC.
Cette maladie, à l’époque incurable, touchait toutes les couches sociales et notamment les jeunes bourgeois amateurs de liaisons amoureuses variées : Baudelaire, Flaubert, Maupassant, Jules de Concourt, tous ont été frappés. Dans ce texte bref reste longtemps secret – il ne fut publié qu’en 1930, alors que Daudet eu mort en 1897 – l’auteur du Petit Chose et des Lettres 4 won moulin nous entraîne dans l’implacable parcours du malade au fur et à mesure de l’aggravation des symptômes. La douleur – doutou en provençal – est atroce ; surviennent parfois quelques moments de rémission ; puis la torture reprend. Compose de notations brèves et percutantes, ce «journal intime» rédigé de 1885 à 1895 est un témoignage pudique et bouleversant sur la douleur vécue au quotidien. Julian Barnes a été fasciné par ce texte, qu’il a traduit et fait découvrir aux Anglais.Extrait du livre :«De tous les instants de ma vie.» Je peux dater ma douleur comme Mlle de Lespinasse datait son amour.Depuis que je sais que c’est pour toujours – un toujours pas très long, mon Dieu ! – Je m’installe et je prends de temps en temps ces notes avec la pointe d’un clou et quelques gouttes de mon sang sur les murailles du carcere duro.Tout ce que je demande, c’est de ne pas changer de cachot, de ne pas descendre dans un des in pace que je connais, là-bas où il fait noir, où la pensée n’est plus.Et pas une fois, ni chez le médecin, ni à la douche, ni dans les villes d’eau où la maladie se traite, son nom, son vrai nom prononcé, «maladie de la moelle» ! Les livres scientifiques même s’intitulent «Système nerveux» !Il Crociato. Oui, c’était cela, cette nuit. Le supplice de la Croix, torsion des mains, des pieds, des genoux, les nerfs tendus, tiraillés à éclater. Et la corde rude sanglant le torse, et les coups de lance dans les côtes. Pour apaiser ma soif sur mes lèvres brûlées dont la peau s’enlevait, desséchée, encroûtée de fièvre, une cuillerée de bromure iodé, à goût de sel amer : c’était l’éponge trempée de vinaigre et de fiel.Et j’imaginais une conversation de Jésus avec les deux Larrons sur la Douleur.Plusieurs jours de calme. Sans doute les bromures et les belles chaleurs de cette fin de juin.Cruelles heures au chevet de Julia… Rage de me sentir si cassé, si faible pour la soigner, mais toute ma pitié encore, toute ma tendresse toujours vivante, et mon aptitude à souffrir par le coeur, jusqu’au supplice… Et j’en suis bien content, malgré les terribles douleurs revenues aujourd’hui.
Alphonse Daudet
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